Bulletin écho-recherche - numéro 4
Percorten®-V
Hypocorticisme (maladie d’Addison, insuffisance corticosurrénalienne)
En termes simples, l’hypocorticisme est un déficit en hormones sécrétées par la corticosurrénale (ou cortex surrénalien). Cette affection peu fréquente touche les chiens de tout âge, sexe ou race, bien qu’on ait noté une légère prédisposition chez les chiens femelles; elle touche aussi les chats, chez qui elle est plus rare encore. On distingue deux catégories, les hypocorticismes primaire et secondaire; la maladie a des effets directs sur deux hormones corporelles.
Le cortisol (hormone glucocorticoïde) régit le métabolisme des glucides, des lipides et des protéines du corps; il assure le maintien d’une pression sanguine normale et fait obstacle aux effets du stress. La carence en cortisol peut entraîner des saignements gastro-intestinaux, la diarrhée, la léthargie, la dépression mentale et la détérioration de la tolérance au stress.
L'aldostérone (hormone minéralocorticoïde) régule les liquides extracellulaires ainsi que l'équilibre du potassium, du sodium et du chlorure corporels. Elle constitue la principale source de régulation des taux d’électrolytes sériques.
L’hypocorticisme primaire, qui est causé par la destruction ou l’atrophie de la corticosurrénale, modifie l’activité des glucocorticoïdes et minéralocorticoïdes corporels. Il s’agit le plus souvent de lésions d’origine immunitaire, mais l’hypocorticisme primaire peut aussi être causé par divers autres facteurs dont la surrénalectomie, l’atrophie idiopathique de la glande surrénale ou la présence d’une tumeur. Un hypocorticisme iatrogène peut également être déclenché par les thérapies faisant appel à des stéroïdes exogènes et au mitotane pour le traitement de l’hypercorticisme, ou syndrome de Cushing (l’opposé de I’hypocorticisme).
L’hypocorticisme secondaire, causé par un déficit en ACTH (hormone corticotrophine) sécrétée par l’hypophyse, n’affecte que la production de glucocorticoïdes par l’organisme. Il peut être induit par une tumeur, un traumatisme, une lésion ou encore par l’atrophie idiopathique de I’hypophyse. L’ACTH hypophysaire stimule la production de cortisol par la glande surrénale. Si l’hypophyse est endommagée et ne produit plus d’ACTH endogène, ou si la corticosurrénale elle-même est endommagée, le niveau de cortisol corporel chute.
Il convient de noter que l’hypocorticisme, qu’il soit d’origine primaire ou secondaire, n’a aucun effet sur la médullosurrénale (source de l’adrénaline), sauf en cas de surrénalectomie.
Symptômes
Bien que l’hypocorticisme soit non spécifique, les propriétaires des chiens atteints auront habituellement identifié des symptômes tels que I’anorexie, les vomissements, la diarrhée, la perte de poids, la léthargie et la faiblesse. L’examen physique par le vétérinaire peut également révéler la dépression mentale, la déshydratation, la bradycardie et la lenteur du remplissage capillaire.
Diagnostic
Le mode actuel de diagnostic ferme de I’hypocorticisme est un profil sanguin suivi d’un test de stimulation à l’ACTH. Le profil sanguin peut montrer une réduction des taux de sodium et de chlorure et une augmentation du potassium et du calcium.
Le test peut être effectué au moyen de deux préparations différentes : un gel d’ACTH naturel ou de I’ACTH de synthèse, la cosynthropine. Si on utilise le gel naturel, le chauffer à la température du corps et l’administrer au patient par voie IM à raison de 2,2 U/kg. Mesurer le taux de cortisol sérique 1 heure et 2 heures après l’administration.
Si on utilise la cosynthropine, administrer au chien 0,25 mg par voie IV et mesurer le cortisol sérique 1 heure plus tard. (1. Si on utilise un complexe de cosyntrophine et d'hydroxyde de zinc, il faut l’administrer par injection IM. 2. Lesvaleurs obtenues varieront d’un laboratoire à l’autre. Il est préférable de laisser au laboratoire le soin de déterminer ce qui constitue une valeur normale. Peu importe le type d’ACTH utilisé, mesurer la valeur initiale du cortisol sérique et la comparer aux taux obtenus lors des mesures ultérieures. Si la valeur initiale est faible ou sous la normale et que la mesure effectuée après I’administration d’ACTH montre peu ou pas de réponse, c’est que l’animal souffre d’hypocorticisme. Ce test ne présente aucun danger pour un animal sain, puisque le corps utilise un mécanisme de rétroaction automatique pour limiter la production d’ACTH endogène.
Interprétation des résultats du test
Le test de stimulation à l’ACTH ne différencie pas les hypocorticismes primaire et secondaire, puisqu’il permet simplement de mesurer le cortisol sérique. II permet de constater qu’il y a déficit de cortisol produit par la glande surrénale, l’origine du problème restant à déterminer. On peut procéder à la mesure directe de l’ACTH endogène pour évaluer la fonction hypophysaire, mais la complexité des manipulations d’échantillons et les prix élevés rendent cette solution inaccessible à la plupart des propriétaires d’animaux. Il est plus simple de mesurer les électrolytes sériques, liés de près à la corticosurrénale. Un chien atteint d’hypocorticisme secondaire (où seul le cortisol est affecté) montrera peu ou pas de hausse du cortisol sérique après l’injection d’ACTH et ne présentera pas d’anomalie du sodium et du potassium sériques. Aucun traitement n’est donc requis pour les minéralocorticoïdes ni les électrolytes, mais il convient de déterminer si le problème est lié à la corticosurrénale ou à l’hypophyse. Si I’ACTH endogène est normal ou élevé, l’hypophyse ne peut être mise en cause et le déficit en cortisol est donc dû à une insuffisance surrénalienne. Il ne reste plus, alors, qu’à mesurer les taux de sodium et de potassium sériques pour déterminer s’il convient d’entreprendre une thérapie minéralocorticoïde substitutive.
Un chien atteint d’hypocorticisme primaire (où le cortisol et les électrolytes sont affectés) montrera peu ou pas de réponse au test de stimulation à l’ACTH; il présentera en outre une augmentation du potassium sérique (>4,5 mmol/L), une baisse du sodium sérique (<137 mmol/L) et un rapport sodium/potassium inférieur à 27:1. Un test à l’ACTH n’aura aucun effet sur les électrolytes sériques. Ce chien devra recevoir une thérapie minéralocorticoïde substitutive combinée à une thérapie glucocorticoïde.
Renseignements sur Percorten-V
Les chiens souffrant d’un déséquilibre chronique des électrolytes causé par des troubles fonctionnels surrénaliens bénéficieront d’une thérapie minéralocorticoïde à long terme avec un médicament comme Percorten-V (pivalate de désoxycorticostérone, ou PDOC). Percorten-V agit de façon à remplacer l’aldostérone corporelle; il compense ainsi l’insuffisance surrénalienne et ramène les taux sériques de sodium et de potassium à un niveau acceptable. Il n’a aucun effet sur l’activité glucocorticoïde; le prednisone constitue le supplément glucocorticoïde le plus courant chez le chien atteint d’hypocorticisme primaire. Percorten-V est offert sous forme de suspension concentrée à 25 mg/mL, en flacons de 4 mL. La dose initiale est de 1 mg/lb (2,2 mg/kg) IM une fois tous les 25 jours. Le retour à la normale des taux sériques de sodium et de potassium confirme le succès de la thérapie. Il convient de procéder à un examen sanguin après 14 et 25 jours et d’ajuster la dose si nécessaire. Si l’on constate après 25 jours que les taux de sodium et de potassium sont normaux, réduire la dose de 0,1 mg/lb (0,2 mg/kg) à chaque prise, ou encore prolonger l’intervalle entre les doses. La présence d’hypernatrémie ou d’hypokaliémie peut être le signe d’une dose plus élevée que nécessaire.
Innocuité
Les réactions indésirables réelles sont peu fréquentes. Elles résultent le plus souvent du surdosage, qui entraîne une trop forte hausse du sodium sérique et une trop forte baisse du potassium. Une telle situation est facilement détectée par une analyse sanguine, après quoi il suffit de diminuer la dose ou d’accroître l’intervalle entre les doses. Percorten-V augmente le retour veineux au cœur et ne devrait pas être utilisé chez les animaux souffrant d’insuffisance cardiaque ou d’œdème. L’efficacité du traitement est liée au bon fonctionnement du rein. L’innocuité chez les femelles gravides n’a pas été établie. Une fois l’affection diagnostiquée et l’animal stabilisé, il convient d’effectuer des analyses sanguines périodiques; le pronostic est alors excellent et les chiens atteints d’hypocorticisme peuvent mener une vie normale avec Percorten-V.
| Biochimie |
Chien normal(limites) |
Chien no 1valeur initiale |
Chien no 1, 1 haprès ACTH |
Chien no 2valeur initlale |
Chien no 2, 1 haprès ACTH |
Chien no 3valeur initiale |
Chien no 3, 1 haprès ACTH |
| Sodium |
137-155 mmol/L |
141 |
147 |
54 |
55 |
129 |
130 |
| Potassium |
2.9-4.5 mmol/L |
3,5 |
3,7 |
6,5 |
6,6 |
4,0 |
3,4 |
| Cortisol |
15-120 nmol/L |
4 |
5 |
6 |
5 |
55 |
120 |
| ACTH |
7 - 40 pmol/L |
35 |
34 |
24 |
25 |
28 |
28 |
| Rapport Na:K |
27:1 - 40:1 |
30 : 1 |
31 : 1 |
15 : 1 |
14 : 1 |
35 : 1 |
36 : 1 |
Le chien n° 1 présente au départ des électrolytes normaux mais un taux de cortisol anormal; le taux d’ACTH endogène semble normal. Après l’injection d’ACTH, le cortisol demeure sous la normale. On peut alors conclure que ce chien souffre d’hypocorticisme secondaire dû à un problème de la corticosurrénale, et non de l’hypophyse. La glande surrénale reçoit une quantité adéquate d’ACTH de l’hypophyse, comme nous pouvons le constater par la valeur de l’ACTH endogène, qui indique que l’hypophyse fonctionne normalement. Mais la glande surrénale ne peut produire de cortisol, ce qui signifie qu’elle se trouve être la source du déficit. Le traitement devrait donc consister en une thérapie glucocorticoïde seulement, avec examen périodique des électrolytes.
Le chien n° 2 présente des taux d’électrolytes et de cortisol anormaux : l’analyse sanguine montre que le chien souffre d’hyponatrémie et d’hyperkaliémie et que le cortisol est également sous la normale. Le test de stimulation à I’ACTH montre que le chien ne répond pas; il présente en outre un taux d’ACTH endogène normal. On peut donc conclure que l’animal souffre d’hypocorticisme primaire lié à la corticosurrénale, puisqu’il produit I’ACTH nécessaire à la production de cortisol par la surrénale, mais que celle-ci ne répond pas. Le traitement devrait combiner une thérapie hormonale substitutive par Percorten et une thérapie glucocorticoïde substitutive au prednisone.
Le chien n° 3 présente un profil normal et le test à I’ACTH montre une production accrue de cortisol par la surrénale. Le taux d’ACTH endogène indique aussi que l’hypophyse fonctionne normalement. Ce chien semble en bonne santé; il ne présente aucun signe de fonctionnement anormal de la surrénale, des électrolytes ou de l’hypophyse.
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Percorten-V est une marque déposée de Novartis Santé Animale Canada Inc.
Références tirées de : The Merck Veterinary Manual, 7e édition, pages 264-265.
"Efficacy of DOCP for treatment of hypoadrenocorticism in dogs” Randy C. Lynn DVM et coll. Al. JAVMA vol. 202, no. 3 fév. 1993.
"Hypoadrenocorticism in the dog and cat” Melissa S. Wallace, DVM, NY.
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